Glance-magazine : Etretien avec Judith Sadja Kam

Dans un contexte de fort développement des cours privés, le soutien scolaire connait un succès croissant (quid de la quantité au détriment de la qualité).Si les contenus sont jugés de qualité, beaucoup s’interrogent sur l’efficacité de ces cours.

Henri ATANGANA : Qui est Judith Sadja Kam ?

Judith SADJA KAM :Diplômée de l’ENS en 1991, j’enseignais les mathématiques au Lycée d’Elig Essono. Depuis l’année 2000 je suis à l’Ecole Normale, où j’enseigne dans les classes scientifiques spéciales qui sont une structure de mise à niveau des élèves de niveau baccalauréat pour la préparation à la présentation des concours des grandes écoles à caractères scientifiques au Cameroun (Classes préparatoires). Je suis en même temps Chargée de Cours au Département des sciences de l’éducation de l’Ecole Normale où j’enseigne la didactique.

Je souligne quand même qu’entre temps, j’ai eu ma licence en 1996. J’étais plus au moins attiré à cette époque là par une école d’ingénieurs. Parce que, pour la petite histoire, étant en première année j’avais eu au même moment, les concours de Polytechnique, de l’ISSEA, de l’ENSIAC.J e continu en Fac, les voies de Dieu étant insondable, je crois que ma vocation était quand même l’enseignement. Après ma licence, je suis allé en France juste pour faire la maitrise et revenir, pour entrer à l’Ecole Normale et faire mon DIPES 2(Diplôme de Professeur de l’enseignement du second degré) Dès lors j’enseigne donc au lycée d’Elig Essono, en poursuivant une maitrise de mathématiques à la Fac. Mon questionnement depuis, est comment trouver la réponse adéquate aux difficultés que les élèves avaient en maths. C’était comme un défi à relever pour moi. C’est comme ça que l’idée de faire une thèse à commencer à germer en moi. Je m’inscris donc à l’université Lyon 1 pour faire un master en didactique. Après l’avoir brillamment obtenu, je continue en thèse en tutelle, parce que j’étais partagée à ce moment là entre Yaoundé et Lyon. Ma thèse en didactique mathématique obtenue en 2013 s’intitule : « Enseigner les concepts logiques en début d’université dans l’espace mathématiques francophone »

H.A. : Qu’est-ce que la didactique ? Pouvez-vous nous expliquer ce que c’est ?

J.S.K. :La didactique c’est la science qui étudie la construction du savoir et la relation au savoir ; pour les élèves, les enseignants et même au sein de la communauté. C’est comment est ce que le savoir qui est sorti des laboratoires arrive dans les salles de classes. C’est tout ce processus là. En l’étudiant, on se rend donc compte des difficultés qu’il peut y avoir à acquérir le savoir. Ce n’est donc pas que de la pédagogie. Le pédagogue s’appuie sur les résultats de la didactique pour pouvoir enseigner. Le savoir, qui se construit, est quelque chose de complexe.D’où la complexité et donc la difficulté pour l’élève à constituer son savoir. Et, ce ne sont pas les méthodes d’enseignement le problème, dès lors que l’enseignant fait son travail. Mais, c’est le décalage entre ces méthodes là et l’acquisition de ce savoir. Sans compter que les représentations que les enfants se font peuvent constituer un blocage pour ce savoir là. Et l’enseignant doit toujours le savoir, pour pouvoir rester au niveau « cognitif » de l’élève.

H.A. : MLF est-il un cours de soutien comme les autres? N’est il pas une autre école à côté de l’école « normale » que l’élève fréquente déjà ?

J.S.K. :Ecole si c’est dans le sens d’apprendre oui. La différence avec les cours des soutiens ordinaires c’est que ceux-ci rassemblent des enseignants qui comblent les difficultés des élèves en leur répétant les cours et les exercices qu’ils assimilent mal en classe. Nous, ce n’est pas çà.

Vous devez d’abord savoir que le jeu entre dans le processus de construction du savoir. Par le jeu nous familiarisons les enfants aux concepts qui sont acquis à l’école, nous donnons du sens aux concepts ; pour que l’enfant puisse convoquer les concepts appris, dans les situations de la vie courante.

L’enseignement à l’école est formel. Nous, nous utilisons des activités ludiques pour donner du sens aux concepts enseignés à l’école, sans nous éloigner du programme scolaire. Nous amenons l’enfant à restructurer la représentation qu’il se fait ; ce qui l’amène à élargir le champ dans lequel il est susceptible d’utiliser les concepts reçus. Cela améliore de manières significatives ses résultats.

Notre but en réalité est d’autonomiser les enfants. Nous nous sommes rendu compte que l’enfant qui est éternellement assisté d’un répétiteur n’est pas productif. Parce qu’à force d’assistance, il cherche face aux problèmes posés des réponses types fournies par la « répétition » il ne construit donc pas le savoir. Or, c’est ce que nous offrons à l’enfant. Nous l’amenons à ce prendre en main.

Pas seulement en mathématiques, mais dans toutes les autres disciplines.

Les mathématiques ont un langage. Nous utilisons un langage pour nous exprimer. Nous utilisons l’activité mathématique pour développer les compétences en Français. Les situations de jeux que nous utilisons, sont élaborées avec des enseignants de Mathématiques et de Français.

Bibliographie :

  • Enseigner les concepts logiques en début d'université dans l'espace mathématique francophone : aspects didactiques épistémologiques et langagiers. Une étude de cas au Cameroun / Judith Sadjakam ; sous la direction de Viviane Durand-Guerrier
  • Association pour la Recherche en Didactique des Mathématiques
  • Mathématiques Jeux et Langage où comment ouvrir l’esprit à l’élève…..  

 

Par Henri Marcel ATANGANA

 

Source : http://www.glance-magazine.com/index.php/component/content/article/9-non-categorise/142-entretien-avec-judith-sadja-kam

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